Serres d'Auteuil : le massacre prend forme, hélas ...

13/05/2019

C'est un combat perdu par les amoureux de Paris : les serres d'Auteuil sont en train d'être mutilées comme on pouvait le craindre.

 

Lise Bloch-Morhange publie un texte qui résume admirablement la cruelle situation.

 

Soyons vigilants et souvenons-nous d'une chose : toutes les aberrations et forfaits annoncés par la mairie ont été suivie d'effets depuis 17 ans. De quoi trembler pour Notre-Dame, entre autres sujets.

 

"Tandis que les spécialistes du monde entier ne cessent de s’époumoner sur le danger que court la planète, flore et faune comprises, c’est le branle bas de combat aux Serres d’Auteuil, où se prépare un grandissime événement : on va inaugurer cette année, lors du tournoi, le nouveau stade de 5000 places qui se dresse de toute sa masse de verre, de fer et d’aluminium à deux pas de Roland-Garros.


Comme privatisation de l’espace public au profit du privé, on ne peut rêver mieux : l’avenue Gordon Bennett, située entre les deux sites, est envahie depuis lundi dernier par des camions, pelleteuses et engins divers qui creusent et bétonnent à tout va, et dès qu’on s’approche de l’entrée habituelle du jardin, au numéro 1 de l’avenue, on tombe sur un panneau de la mairie de Paris : cette entrée du jardin botanique, la plus empruntée, est condamnée, comme l’avenue elle-même, du 6 mai au 21 juin prochains, pratiquement deux mois, tout simplement ! A comparer avec les dates du tournoi fixées du 26 mai au 9 juin.


Ne cherchons pas à comprendre le pourquoi d’une telle appropriation, nous sommes en terrain conquis, année après année, par la FFT (fédération française de tennis) avec la bénédiction de la mairie de Paris. Et après avoir fait le grand tour pour pénétrer par une autre entrée du jardin, nous assistons à la nouvelle prise de possession de l’espace. Là aussi, camions et employés s’affairent à grand bruit pour élever des grilles sur toute une surface du jardin entourant très largement le nouveau stade. Autrement dit, le Jardin botanique des Serres d’Auteuil, ouvert chaque jour au public, chef d’œuvre architectural et paysager de la fin du XIXème siècle signé du grand architecte-paysagiste Formigé, est désormais réduit à un square égayant le nouveau bâtiment. Inversion des espaces bien visible et bien symbolique.


Camions et ouvriers œuvrent aussi de tous côtés sur l’énorme surface alentour en béton désactivé entourant le nouveau stade. De quoi rester pantois, quand on pense aux récentes statistiques montrant que l’artificialisation du sol atteint en France l’équivalent d’un département tous les ans. Faire de l’artificialisation et bétonner en plein jardin botanique, et en plein Paris, il fallait oser, et on imagine le bonheur des futurs spectateurs de tennis foulant le béton désactivé là où s’élevaient des serres chaudes, des plantes tropicales, des allées et des arbres.

 

Quant au bâtiment lui-même, il se dresse de toute sa masse comme un symbole de la lutte inégale des citoyens contre le sport fric. Car c’est au cours des nombreuses séances de (soit-disant) concertation entre la FFT épaulée par la mairie de Paris et les associations (2011-2012) que l’idée géniale a jailli du côté FFT: et si pour calmer les associations on entourait le stade de serres ? Cela ferait passer la pilule… Comme quoi la concertation s’est retournée contre les pauvres associations et autres défenseurs du jardin, si bien qu’aujourd’hui, en contemplant le résultat, on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait mieux valu s’en tenir à un stade semi-enterré, au lieu de l’entourer de ces serres ultramodernes s’élevant au plus haut à 8 mètres du sol (soit la hauteur de deux étages et demi).


Regardons bien : il paraît que ces nouvelles serres (saisies ici le 7 mai) sont un hommage aux grandes serres de Formigé, mais un coup d’œil suffit pour voir que ce bâtiment mastoc tout en angles aigus est une insulte aux grandes serres voisines tout en courbes aériennes.


Et parions que lors de l’inauguration du nouveau stade, la FFT va revêtir ses plus beaux habits de jardinier pour vanter les nouvelles plantations de ces serres ultramodernes. Déjà, des panneaux intitulés « Des plantes des quatre continents » nous mettent l’eau à la bouche : « Un tour du monde en 80 plantes ». « Ici, c’est la diversité végétale qui exulte : arbres tropicaux, arbustes fleuris, fougères, plantes couvre-sol et épiphytes, lianes. »


Les spectateurs du prochain tournoi vont pouvoir exulter en priorité (tandis que le vulgum pecus devra attendre le 21 juin), et pourront aussi se restaurer dans le bâtiment du Fleuriste, un monument historique situé derrière le Palmarium de Formigé, transformé en restaurant par la FFT, qui y sert désormais 800 repas par jour pendant le tournoi.

 

Face à tous ces changements, comment ne pas se reposer ces questions : fallait-il amputer et bétonner l’un des plus beaux jardins de Paris pour deux semaines de tournoi par an, comme n’ont cessé de le souligner les 84 500 signataires de la pétition « Sauvons les Serres d’Auteuil » ? Et pourquoi ne pas avoir agrandi Roland-Garros sur l’autoroute A13 et réparer ainsi cette saignée sur le bois de Boulogne, comme l’ont proposé les défenseurs du jardin dès 2013 ?


Mais bientôt, les cris des fans de tennis vont couvrir ces voix rétrogrades, et chasser du jardin les rares promeneurs parqués au-delà des grilles.


Pendant ce temps, les mêmes associations qui ont défendu le Jardin botanique des Serres d’Auteuil ne se découragent pas, et ne cessent de se mobiliser pour des causes semblables, qui semblent ne jamais se tarir, à Paris ou ailleurs. Ainsi l’association « SOS Paris » vient de publier le 5 mai le communiqué de presse suivant :


« D’après nos informations, d’importants travaux d’installation de chantier nécessaires à la restauration et sécurisation de Notre-Dame ont commencé dans le square Jean-XXIII, mieux connu des parisiens sous le nom de square de l’Archevêché.

 

En fin de semaine, le square a déjà été “militairement” dépouillé de ses bancs, lampadaires, fleurs et massifs. Une grande dalle en béton a été coulée a même le sol par l’entreprise Europe Bâtiment sans, parait-il, aucune autorisation de la Ville de Paris. Beaucoup plus grave, il serait question d’abattre (1) 42 tilleuls, 12 cerisiers et un orme, tous en bonne santé. Les grands arbres de Paris, les squares et jardins font partie de notre patrimoine, au même titre que les bâtiments en pierre. »


Arracher les arbres et couler du béton, on a su faire aux Serres d’Auteuil, et on continue ailleurs. Heureusement que les associations demeurent vigilantes !

 

 

 

 

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