Édouard Philippe, délégué interministériel à la sécurité routière ?

01/02/2019

Le super délégué interministériel à la sécurité routière et accessoirement Premier ministre de la France, j'ai nommé Édouard Philippe, a dû faire un numéro de contorsionniste médiatique, ces derniers jours, pour expliquer pourquoi, malgré la neutralisation d'une partie importante des radars routiers par les Gilets Jaunes, le nombre d'accidents n'avait pas augmenté verticalement à la fin de l'année dernière.

 

 

Tenez-vous bien, soyez patients: les drames vont bientôt se multiplier puisque la vitesse augmente, a-t-il dit en substance, comme à regret de ne pouvoir brandir des chiffres davantage ensanglantés. Comme toujours, la réalité est bien plus nuancée que la propagande gouvernementale. L'augmentation de la vitesse, dûment accompagnée de mises en garde et d'éducation des conducteurs, peut tout aussi bien les inciter à davantage de prudence. Ces derniers jours le gouvernement allemand vient de renoncer à introduire des limitations sur les autoroutes qui en sont dépourvues Outre-Rhin faute de conclusions claires à tirer en la matière.

 

Mais laissons là le super-délégué Philippe et ses incantations. Interrogeons-nous plutôt sur le sens politique de ce surinvestissement gouvernemental dans le sujet de la sécurité routière à un moment où la dette publique s'envole et où la France vit sa plus grave crise sociale depuis cinquante ans.

Le mal remonte en réalité à Jacques Chirac qui, sitôt élu en 1995, remisa ses promesses sur le pouvoir d'achat et la renégociation européenne au bénéfice de deux grandes causes sociétales: la sécurité routière et la lutte contre le cancer.

 

Il est aisé de se rendre compte que les gouvernants se focalisent sur ce type de problèmes justement parce que les questions plus directement politiques que sont l'Union européenne ratée, la désindustrialisation catastrophique de la France, la montée d'un islam agressif ou l'incapacité à réformer la bureaucratie étatique sont bien plus difficiles à traiter.

 

Cette politique de second rang, pourrait-on dire, présente l'avantage de susciter des débats plus consensuels et de permettre des résultats moins difficiles à obtenir.

 

Du moins pouvait-on le penser avant la crise des «gilets jaunes». Car la politique, la vraie, a fini par revenir par la fenêtre là où on la chassait par la porte. Le coût de la vie, le prix du carburant, les difficultés pour les périurbains à joindre les deux bouts comme à rejoindre leurs lieux de travail: tout se tient. En ajoutant ce qui semblait un fétu à leur fardeau, Édouard Philippe a provoqué une bronca qu'il ne parvient pas à faire taire.

Et, depuis, c'est «courage fuyons!» au sommet de l'État, ce lieu mystérieux que personne ne semble plus vouloir occuper gaiement tant il devient peu à peu inconfortable et périlleux. Emmanuel Macron s'ingénie à faire savoir que le mistigri du 80 km/h sur route n'a pu miauler que parce qu'Édouard Philippe l'a sorti de sa cage. Et Édouard Philippe en fait l'animal-totem de son engagement politique, ce qui lui permet d'être absent sur tous les autres sujets du moment. Bref, la limitation de vitesse frappe aussi l'activité à Matignon.

 

On entend donc désormais bruiter, autour de l'Élysée, le concept de dérogations locales éventuelles et de retour aux 90 km/h quand un Premier ministre bravache écarte cette tentation épouvantablement réactionnaire.

 

Le torchon gouvernemental brûlera-t-il pour 10 petits kilomètres heure sur route? Si tel était le cas, nous aurions la confirmation que la France n'est vraiment pas gouvernée par des flèches!

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