François Bayrou au secours d'Emmanuel Macron : pourquoi est-ce affligeant ?

31/07/2018

FIGAROVOX/ANALYSE - Pour Serge Federbusch, les déclarations de François Bayrou attenuant la gravité de l'affaire Benalla relèvent de l'hypocrisie, alors que ce dernier avait dû démissionner lorsque des accusations avaient été portées à son égard il y a un an.

 

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2018/07/30/31001-20180730ARTFIG00053-francois-bayrou-au-secours-d-emmanuel-macron-pourquoi-est-ce-affligeant.php

 

 

François Bayrou ne manque pas de constance.

 

Non dans la fidélité à des convictions, mot qui ne peut séduire à ses yeux que les benêts et les novices. Sur ce plan, le niveau de versatilité politique que François Bayrou a atteint ces dernières décennies permettrait de transformer les girouettes de nos églises en éoliennes et d'éviter de dénaturer les campagnes françaises.

 

Pourtant, figurez-vous, François Bayrou est un homme politique fidèle. Mais fidèle à des méthodes et des vieilles habitudes, telle celle de ne sortir du bois que s'il croit passé l'orage.

 

Prenons l'affaire Benalla. Ce n'est pas un scandale d'Etat, explique-t-il tout à trac.

 

Soit.

 

Le salaire versé à un vigile de 26 ans, supérieur d'un tiers à celui des fonctionnaires du même âge sortis dans les premiers rangs des écoles de la République ou quadruple de ce que s'accordent des paysans bretons travaillant dans leurs exploitations maraîchères soixante-dix heures par semaine n'est sans doute pour Bayrou que choquant. Nous avons choisi ces deux exemples pour montrer que n'importe quelle catégorie professionnelle peut légitimement s'étrangler en apprenant ce traitement hors norme.

Tout comme doivent choquer les privilèges d'un nervis-stagiaire installé en favorite dans un vaste appartement sur les bords de Seine.

 

Mais le vrai scandale d'État n'est pas là. Il est précisément dans l'embryon de garde prétorienne hors droit et hors-sol qu'un président égaré dans son narcissisme avait commencé de constituer autour de cet histrion.

 

Il est aussi dans la crâne couverture des turpitudes de cet apprenti sicaire pour qui frapper un opposant à terre en arborant un brassard de police auquel il n'a pas droit n'est qu'une simple broutille, un excès d'enthousiasme.

 

Détrompez-vous, tout cela ne fait pas une affaire d'État selon François Bayrou. Alors, pourquoi a-t-il démissionné, lui et ses quelques modémistes, lorsque les seules accusations portées à leur encontre relevaient d'un mésusage d'assistants parlementaires? Sur l'échelle de Bayrou, la mesure des tremblements politiques varie selon les saisons.

 

Car, en fait, le plus choquant pour François Bayrou dans l'affaire Benalla est «l'exploitation qui en a été faite … une utilisation à des fins polémiques»! Critiquer les lanceurs d'alerte pour victimiser les coupables: François Bayrou tire le fil de la mauvaise foi depuis toujours tissé par les régimes autoritaires pour faire taire leurs opposants.

 

Notre bon maire de Pau va dans la foulée s'affranchir du réel. Il se félicite de la bonne tenue des commissions parlementaires alors que celle de l'Assemblée nationale a explosé en vol. Et il conclut sans s'étouffer que: «l'affaire a été absolument prise en charge par des gens qui ont le sens de l'État au plus haut degré» puis «salue la remarquable intégrité de ceux qui autour du président de la République exercent des fonctions de l'État».

 

François Bayrou, grenouille de notre vie politique, est remonté sur l'échelle médiatique parce qu'il pense Emmanuel Macron tiré d'affaire. Souhaitons qu'il se trompe pour la salubrité de notre République. Au moins, grâce à Benalla, avons-nous entendu à nouveau parler de lui. Et avons-nous pu sourire comme autrefois de l'outrance tranquille, de la placide autosatisfaction de ces apparitions publiques qui égayaient naguère la chronique affligeante de la submersion de nos institutions.

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