"La Constitution envahie par le politiquement correct"

28/06/2018

FIGAROVOX/TRIBUNE - Selon Serge Federbusch, le retrait du terme «race» et l'introduction de la formule «distinction de sexe» dans la Constitution sont une mesure inutile qui éloigne des véritables enjeux contemporains.

 

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2018/06/28/31001-20180628ARTFIG00116-la-constitution-envahie-par-le-politiquement-correct-par-serge-federbusch.php?redirect_premium

 

 

Moins il a de prise sur les réalités, plus le pouvoir cherche à manipuler les apparences et, au sens plein de l'expression, à jouer sur les mots. Ses frontières sont des passoires, sa dette hors de contrôle, ses lois aussi contraignantes que contournées, sa monnaie de singe, le communautarisme menace le lien social: c'est donc le moment pour l'État de se focaliser sur quelques substantifs de notre constitution, soudain déclarés suspects. Après le politiquement correct, voici venu le temps du constitutionnellement correct.

 

Ainsi du mot race. Les scientifiques l'ont majoritairement mis en doute. Une même espèce peut comprendre plusieurs races, apprenait-on autrefois en cours de sciences naturelles. Mais désormais il faut que, dans l'espèce humaine, aucune différence de cette nature soit admise. Du moins celles qui ne méritent pas qu'on rajoute une nouvelle lettre à LGBTQIAPK+ Il est autant de couleurs que d'hommes.

 

Voilà donc que, dans le prolongement de cet opprobre académique, les races sont désormais menacées d'escamotage constitutionnel par un vote des député.e.s (pardonnez-moi si j'oublie un point ou un «e»). Le mot «race» doit être retiré de l'article prévoyant que la République «assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion.»

 

Comment vanter les vertus du métissage, valeur suprême de la société indifférenciée, si les races n'existent plus ?

 

Seule la volonté de lutter contre le racisme justifiait qu'on évoque l'existence des races au lendemain de la seconde guerre mondiale, nous expliquent doctement les promoteurs de cette mesure. En supprimant le concept, ils espèrent sans doute évacuer le problème. Nous qui pensions que le malheur des hommes venait surtout de l'idée de hiérarchie entre les races.

 

Au même moment, sans craindre de sombrer dans la contradiction, ces mêmes députés veulent insérer «de sexe» après le mot «distinction» dans ce fameux article 1er de la Constitution.

 

«Si on veut être fidèle à cette grande cause du quinquennat qu'est l'égalité femmes-hommes, l'idée de dire que l'égalité devant la loi est assurée sans distinction de sexe pourrait être un rajout utile», a estimé Richard Ferrand, marcheur parlementaire en chef.

 

Tout ceci est singulièrement bancal. Car, si l'on valide ainsi la notion de sexe, que va devenir celle de genre, activement promue par les LGBTQIAPK+? Il paraît en effet que le sexe est, comme la race, une pure construction idéologique.

 

Plus les anciens progressistes baissent les bras devant les inégalités sociales, plus ils combattent les autres types de disparités.

 

Supprimer la race pour introduire le sexe, si l'on ose dire, prêtera qui plus est à confusion. Comment vanter les vertus du métissage, valeur suprême de la société indifférenciée, si les races n'existent plus? Et pourquoi ne pas substituer les «droits des deux sexes» aux droits de l'Homme plutôt que d'envisager d'évoquer d'imprécis droits humains?

 

Toute cette philosophie du nivellement mériterait une analyse critique de gauche: plus les anciens «progressistes» baissent les bras devant les inégalités sociales, plus ils combattent les autres types de disparités.

 

Nous nous contenterons, FigaroVox oblige, d'une critique de droite qui en réalité aboutit au même constat: l'affaiblissement des structures sociales par peur de devoir admettre que les hommes ne sont pas interchangeables.

 

De cette entreprise de prestidigitation constitutionnelle, de ce bonneteau des sexes et des races, n'émergera bientôt que le seul clivage ethnico-religieux.

 

C'est une autre manière de dire que, de sexe et de race, la France n'aura bientôt cure, face au péril qui la menace. Et que toutes ces discussions sur la race et le sexe des anges n'étaient rien d'autre que de piètres dérivatifs.

 

Quant à la préservation de la diversité biologique ainsi que l'action contre le changement climatique, qui risquent aussi d'être inscrits dans le premier article de la Constitution si Monsieur Hulot parvient à ses fins, ils ne pourront qu'achever de transformer en catalogue de bobos sentiments ce qui fut autrefois le texte fondamental de notre République.

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